Prendre des décisions collectives

« Tout le monde est d’accord ? » « Personne n’est contre ? » Combien de nos débats et discussions en collectif se finissent-elles par ces questions ? Le problème de ces formulations est qu’elle ne permette pas de sortir du conformisme, de la propension forte des individus à se conformer à l’avis du groupe.

Dans les années 50, les expériences de Solomon Asch (1) ont mis ce phénomène en évidence : dans l’une des plus connues, il réunissait ses étudiants répartis en petits groupes et y mêlait une personne dite « naïve » qui n’avait pas connaissance ni de la finalité de l’expérience ni des consignes réelles et qui se trouvait interrogée en avant-dernier. Le taux de personne se conformant aux réponses erronées du groupe s’élevait en moyenne à 36,8 % (ce taux varie en fonction de la taille du groupe).

Mucchielli définit  le conformisme comme une  » l’attitude sociale qui consiste à se soumettre aux opinions, règles, normes, modèles qui représentent la mentalité collective ou le système des valeurs du groupe auquel on a adhéré, et à les faire siens.”

Y a-t-il des méthodes qui permettent de prendre des décisions collectivement et de garantir la libre expression de chacun ?

A 100% non, car nul ne peut garantir la liberté totale. Mais le processus de décision peut y aider ou l’empêcher. C’est le cas par exemple du vote à bulletin secret ou du processus de concordance, cher à Will Schutz (2). Le principe consiste à poser une question fermée et claire au groupe. Pour cela, auparavant, il s’agit de se mettre d’accord sur la question posée en en débattant. Ensuite chacun est amené à se prononcer en « oui » ou « non ». A la personne qui dit « non », on demande ce qu’il faudrait modifier dans la formulation pour qu’elle soit d’accord. L’idée est de faire droit à l’objection. Ensuite on recommence l’exercice jusqu’à ce que chacun puisse ratifier la demande initiale par un « oui » franc et massif.

Ce processus est parfois long — en vrai le plus long est la discussion pour se mettre d’accord sur la question à poser — mais très efficace et c’est celui qui permet de produire les décisions les plus robustes et durables.

 

(1)Asch, S.E. (1951). Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments. In H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men. Pittsburgh, PA: Carnegie Press 

(2) W. Schutz – l’Elément Humain.