Un homme de loi

Genèse

Né en 1946, Eric de Montgolfier a été au service de la justice pendant 37 ans, notamment comme procureur de la République à Valenciennes, puis à Nice où il a mené un rude combat contre la franc-maçonnerie. Cela lui coûtera cher en énergie et en considération puisqu’il finira sa carrière sur une “voie de garage” comme avocat général à Bourges. Il a publié deux ouvrages : le premier en 2006 s’intitule Le devoir de déplaire et l’autre en 8 ans plus tard : Une morale pour les aigles et une morale pour les pigeons. Il est surtout connu comme le procureur qui a fit tomber « Nanard » (alias Bernard Tapie) lors de l’affaire du match truqué entre l’OM et Valenciennes. Le patron de l’OM commit une lourde erreur en sous-estimant ce procureur de province. Pendant que le juge Beffy instruisait, Montgolfier, insoucieux des rappels à l’ordre de sa hiérarchie, rendait coup pour coup dans les médias et il resserrait l’étau judiciaire sur « Nanard ». Direction : la Santé. Cet événement et les deux titres de ses livres font déjà penser au profil UN… mais avançons.

Inflexible droiture

Devise (je suis en règle donc je suis)

Un article publié en 2007 dans Le Point décrit les traits de cet homme si controversé en ces termes : « Raide comme la justice, le profil d’aigle et le teint rose, monsieur le procureur pédale sous le soleil de la promenade des Anglais. Depuis qu’il est en poste à Nice, Eric de Montgolfier met un point d’honneur à se déplacer à vélo, malgré la furia automobile qui sévit dans la cinquième ville de France. Mais malheur au conducteur qui grille un feu rouge sous ses yeux ! A peine arrivé dans son bureau, le magistrat, qui a mémorisé la plaque minéralogique du fautif, ne laissera à personne d’autre le soin de taper sur son ordinateur un PV vengeur. Eric de Montgolfier est comme ça : inflexible, et ne détestant pas soigner son personnage de gardien de la morale publique. Partout où il passe, les méchants tremblent, la corruption trépasse. (…) Eric de Montgolfier, ce personnage attachant et parfois cassant, sentencieux et malicieux, impulsif et impavide, qui confesse en toute humilité que son principal péché est l’immodestie et ne craint pas « l’aristocratique plaisir de déplaire » (Baudelaire).

« La carrière ne mérite pas qu’on sacrifie sa conscience »

Orientation (la rigueur morale et les idéaux élevés)

Toujours dans Le Point au moment où il prend sa retraite, voilà ce qu’on y lit à son sujet : « La carrière ne mérite pas qu’on sacrifie sa conscience », explique le magistrat amateur de formules qui font mouche, lors d’un entretien avec l’AFP. Gilles Accomando, qui a été son bras droit à Nice de 2000 à 2006, confirme: « il porte des principes, il est attaché à des principes, (…) Des comme ça, il en faut. » Mais son côté “chevalier blanc” a beaucoup irrité, notamment parmi ses collègues. On lui reproche souvent son côté cassant, parfois hautain, ainsi que sa médiatisation jugée excessive. On le dépeint sous les traits de Javert. Montgolfier, qui n’a pas peur des grands mots, se veut au contraire « une sorte de rédempteur ». « Quand je poursuis quelqu’un, c’est dans l’espoir qu’il va se redresser », dit-il. (…) M. de Montgolfier a fait un rêve, grandiose et naïf : « Dans une société bien faite, le condamné devrait dire au juge : ” Merci de m’avoir condamné, je l’ai mérité, cette sanction m’a fait réfléchir sur moi-même. ” » Et le magistrat niçois de soupirer, avec un étonnement qui ne semble pas feint : « Je n’ai malheureusement rencontré ce genre de réaction qu’une ou deux fois en un quart de siècle… » Pour lui la justice est un idéal hors d’atteinte. L’orientation apparaît ici clairement.

Un idéal hors d’atteinte

Compulsion (l’imperfection, la colère)

« Ce qui l’insupporte, lance un élu, ce sont les gens qui paraissent “faciles”, qui plaisent, qui ont une vie agréable, sans avoir souffert en bas de l’échelle. » De Montgolfier ne supporte pas la médiocrité, l’imperfection morale. Il prône la valeur de l’effort et de l’abnégation. Il pourrait se reconnaître dans le fameux adage kantien : « Plus c’est dur, plus c’est moral ».

Tout le discours de M. De Montgolfier pousse à la recherche de la perfection morale. Même dans son surprenant ralliement au candidat socialiste lors de la dernière présidentielle, il explique son choix de la façon suivante : « Benoît Hamon me paraît disposer d’une réelle volonté de réformer l’institution judiciaire sans prétendre la mettre à sa botte. »

Mécanisme de défense (la formation réactionnelle)

Il est extrêmement exigeant avec lui-même tout comme avec les autres. Tout est contrôlé et contenu chez Monsieur de Montgolfier : ses réponses, ses réactions, ses émotions. Il ne laisse que peu transparaître ses vrais ressentis lors des interviews et émissions TV. 

Une colère sous-jacente

Triade infernale (la colère, le perfectionnisme, avoir raison)

Eric de Montgolfier se sait fier, reconnaît qu’un de ses défauts est l’orgueil, le fait de vouloir avoir le dernier mot, quelquefois même seul contre tous. Le goût pour la maîtrise des détails (fixation) est avéré et l’a bien servi dan son métier. Et la colère ? Dans les médias il n’y apparaît pas souvent comme cela, cependant dans ses interventions on sent toujours ce sentiment présent en arrière fond.

Non-verbal

Raide comme la justice, sérieux, avec un ton déterminé, habillé de façon extrêmement classique et sobre, sans aucune sorte d’excentricité. Sa voix est maîtrisée (“il faut bien se tenir”) dans ses interviews même si derrière, l’on perçoit que certaines questions ou certains sujets l’agacent profondément. D’autre part, il écrit dans un français parfait, avec un style qui confine au purisme, sans aucun anglicisme par exemple. Il parle de façon claire, posée et ordonnée. Il n’aime pas qu’on l’interrompe et préfère aller au bout de son raisonnement.

La justice comme idéal collectif

Hiérarchie des centres (IEM)

Pour déterminer sa variante il a fallu creuser davantage. Une émission produite par KTO — VIP i.e. Visages Inattendus de Personnalités — présentée par Emmanuelle Dancourt, est consacrée à Eric de Montgolfier. Il s’y livre avec transparence et sérénité. Il commence par préciser que pour lui « la justice est un idéal collectif » et que comme procureur de la République il se sent garant « des libertés fondamentales » et joue le rôle de « rempart contre les tentatives d’empiètement » vis-à-vis de ces libertés. Il voit son rôle comme celui d’un avocat de la République. Ce qui l’a fait choisir ce rôle de procureur à celui de juge, est le côté actif alors que le juge est souvent passif. Le procureur instruit, le juge est saisi. On voit bien ici son côté instinctif dominant et son grand idéalisme de profil UN à l’œuvre. 

Puis en avançant dans l’interview on découvre une personne qui a des émotions, qui dit vouloir ne pas humilier les gens en rendant la justice, qui parle de créer du lien avec le gens, qui raconte qu’il visite les condamnés ensuite dans leur cellule, qui affirme aimer les hommes et les femmes dans leur vérité… Ce qui fait dire à la journaliste qu’elle le trouve beaucoup plus chaleureux que l’image qu’il renvoie habituellement dans la presse. Ce qu’il acquiesce immédiatement. 

Emmanuelle Dancourt lui parle ensuite de ses amis qui le caricaturent. Pour certains, c’est un genre de Robespierre. Eric de Montgolfier récuse cette assimilation en expliquant que Robespierre n’est pas un modèle pour lui : « la rigueur dans l’aigreur, non merci » dit-il ! La seconde caricature l’assimile à Merlin l’Enchanteur qui veut le bonheur et le bien de tous, seul contre tous, voir contre la modernité…. là il accueille la comparaison positivement, même s’il concède que cela renforce son aspect ringard. Il ajoute aussitôt que pour lui la justice n’est pas faite de chiffres mais de relations humaines : un dossier = une personne. On voit ici son aspect émotionnel qui apparaît, ce qui le différencie nettement d’ailleurs de Robespierre (UN µ).

Au passage, la comparaison avec un magicien bienveillant fait penser à son intégration. En effet, Merlin l’enchanteur est un archétype du profil SEPT. Montgolfier qui va bien se libère de sa rigidité, prend du plaisir à diffuser ses valeurs et le faire avec agilité.

Un père attentif et aimant

En fin d’émission, il admet même que son image de « père la rigueur » lui a pesé dans sa carrière et qu’il a parfois manqué de nuances dans l’affichage de ses convictions. Ceci est très typique de son profil. Il n’évalue pas assez ses valeurs avant de les affirmer (répression du centre mental). Mais il finit en disant qu’atténuer cela aurait été se vendre et qu’il est fier de s’être montré sous son vrai jour. L’impératif moral et l’instinctif est si fort !

Une autre émission Karl Zéro Absolu corrobore sa hiérarchie des centres (Instinctif Emotionnel Mental).  Dans l’interview “Satisfait de les avoir tous fait bien chier ? ” menée par Karl Zéro, il concède que son idéal de justice est à ce jour déçu, ce qui le rend fataliste devant la compromission du monde de la justice, notamment avec le politique. Il parle d’un monde pourri. Un tel discours peut être imputable à sa désintégration en QUATRE : c’est à dire à une  triste insatisfaction du style : c’est l’idéal je le veux, mais le réel me renvoie sans cesse autre chose, aussi je déprime, je suis découragé. Il apparaît d’ailleurs assez triste tout au long de cette émission. 

Cependant à la question « quel genre de père êtes-vous ? », il répond : « attentif et aimant ». Il est tellement vrai, sans concession avec lui-même, qu’on est enclin à le croire sur parole. Cette expression traduit magnifiquement son centre émotionnel à l’oeuvre, juste après l’instinctif.

Eric de Montgolfier est un bel exemple de UN α (IEM).

Sources

Articles

  • dans Le Point, Eric de Montgolfier, le rédempteur, publié en 2007
  • dans Le Point, Eric de Montgolfier, le magistrat sans concession, rend sa robe publié le 28/06/2013
  • Dans Le Point, Pourquoi je rejoins Benoît Hamon, publié le 17/02/2017.

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