Quel profil pour Donald Trump, président des Etats-Unis ?

La personnalité de Trump a l’air si caricaturale qu’il est tentant de conclure vite sur son profil. Au départ je pensais Donald de profil TROIS — variante α c’est-à-dire 3 dit instinctif ([E]IME). En effet, Trump présente une forte propension à considérer les autres soit comme des losers soit comme des winners. Il envoie beaucoup de messages qui tournent autour de « Je suis très riche, je suis fier de ma fortune. J’ai fait un boulot incroyable. Je suis très fier de ma réussite. » Les propos de Tony Schwartz, qui fut la plume de Trump en 1985 pour The Art of the Deal, vont en ce sens : « Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus (…). Il lui est impossible de se concentrer pendant plus de quelques minutes sur un sujet qui ne concerne pas son auto-glorification. » Ou encore qu’il a, plus que n’importe qui, « cette capacité à se convaincre lui-même que tout ce qu’il dit est vrai, ou à moitié vrai, ou, au moins, devrait être vrai. » McAdams souligne aussi la propension du milliardaire à interpréter un rôle : « Donald Trump joue le rôle de Donald Trump et se bat toujours pour gagner, mais en ne sachant jamais pourquoi. » Michael D’Antonio, un de ses biographes, dit la même chose. Autrement dit, tout se passe comme si Trump vivait sous un projecteur permanent et qu’il le savait. Tout cela sonne très TROIS. Il était assez facile d’attribuer son caractère grossier, impulsif et provocateur au côté instinctif du 3α.
Mais était-ce son profil pour autant ? Un doute subsistait, alors j’ai étudié. J’ai découvert d’autres sources, j’ai lu les livres de ceux qui ont travaillé avec lui.

En fait tout le monde a besoin de reconnaissance. Une façon de considérer l’ennéagramme, est de dire qu’il y a 9 grandes stratégies existentielles qui permettent d’obtenir cette reconnaissance. La forme de la reconnaissance attendue en revanche varie selon les profils. Quelle était celle de Trump ? C’était probablement là que se trouvait la clé de ma quête…

« Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort »

Genèse
Enfant, le jeune Donald, deuxième garçon de la fratrie Trump, désespère de ne pas exister aux yeux de son père, Fred. Seul le fils aîné — appelé aussi Fred (Jr) — est destiné à prendre la relève de l’empire immobilier paternel. Le père, lui, s’est fait tout seul, à la dure et il a enseigné à sa progéniture qu’il faut être « un roi et un tueur ». La culture familiale des Trump se résume à : trouver le vide juridique, le point faible dont on peut tirer parti, puis travailler beaucoup et constamment repousser ses limites.
Jeune, Donald Trump joue au sale gosse, redouté de ses camarades. Il fait les 400 coups. Il veut capter l’attention de ses parents, avares en tendresse. L’une de ses biographes, Laure Mandeville, souligne qu’il a toujours été rebelle et forte tête, bombardant ses instituteurs de gommes, tirant les cheveux des filles, et que le coin où les élèves turbulents étaient envoyés avait été baptisé de ses initiales, DT !
A 13 ans, son père l’envoie dans une école militaire, car il le surprend en train de préparer une descente à Manhattan avec des lames de rasoir ! Les valeurs qui sont enseignées dans cet ersatz de maison de correction correspondent – comme le souligne Frédéric Mitterrand dans le documentaire Le parrain de Manhattan – aux préceptes martelés par son père : « Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort ». D’abord traumatisé, Donald s’endurcit. Il apprend notamment à manipuler le lieutenant Dobias, une brute perverse, qui sévissait dans l’établissement. L’homme a donc été élevé dans une logique de guerre contre tous.
Son frère, Fred Jr, qui était très sensible et peu enclin à travailler dans le monde difficile de l’immobilier, sombre dans l’alcoolisme et meurt prématurément à 43 ans. C’est bien Donald, alors qu’il n’y était pas prédestiné, qui reprend le flambeau paternel.
Travaillant avec son père, Trump a beaucoup appris à son contact. Il a vite considéré que son père voyait trop petit et il voulait taper plus haut ! Sa grande ambition prend forme probablement à ce moment-là. Donald veut conquérir Manhattan, il réalise vite que c’est une jungle qu’il doit asservir pour s’affirmer. Il s’alloue alors les services de Roy Cohn, un avocat sulfureux de New York, rompu aux scandales, ancien conseiller de McCarthy, qui lui apprend à louvoyer dans cet univers. Son premier gros coup est d’arracher un énorme abattement fiscal au maire de New York pour pouvoir restaurer un hôtel, renommé Grand Hyatt Hotel en face de la gare centrale.
Très tôt, homme à femmes, il finit par épouser Ivana. Il alterne douceur et dureté avec elle et lui confie assez vite des responsabilités dans ses affaires.
Pour ériger la fameuse Trump Tower, il embauche une femme comme chef de chantier, ce qui lui vaut à l’époque la risée de ses adversaires. Barbara Res témoigne que Trump aimait la voir affronter de grands costauds sans avoir peur. « On a eu des disputes mémorables (…) Je lui tenais tête et c’est ce qui lui plaît chez les gens, dit-elle. Les autres [les faibles], il les humiliait. » Le chantier terminé, Donald déclare que tout le monde pensait qu’il était impossible de faire ce genre d’édifice à cet endroit, mais lui l’a fait ! Il est maintenant un chef incontesté et reconnu : quand on voit les images de l’inauguration avec son père, on comprend que maintenant c’est lui le boss ! L’étoile de Fred cède son leadership à celle de Donald. Et ce n’est qu’un début… C’est ce type de reconnaissance qui est attendu par Donald !

L’hypothèse TROIS commence à laisser place à celle d’un profil HUITvariante µ c’est-à-dire Huit émotionnel (IEM). Etudions-la en détails.

 « Je cogne donc je suis » dixit Howard Gardner sur Trump.

Devise (je suis fort donc je suis)
« Le président américain a posté sur Twitter une vidéo arrangée dans laquelle il plaque au sol un homme, dont le visage est symboliquement remplacé par le logo de CNN, puis le roue de coups » rapportent les Echos le 02 juillet 2017. Tout est dit ! Trump est un combattant, brutal dans sa communication, direct, violent, absolu, ayant une vision du monde binaire (les bons et les méchants).
« Je cogne donc je suis. Et si je perds, je me présente comme victime. Je ne mens jamais : je pratique l’hyperbole véridique. Si je suis dans l’ombre, je me sens diminué. » Howard Garner, professeur à Harvard, à qui on demandait de résumer la personnalité de l’homme d’affaires, a répondu : « Il est d’un narcissisme à peine croyable ». En effet, on pourrait se demander pourquoi son nom est accolé à tous les produits qu’il commercialise : ses casinos, ses steaks, son vin, ses immeubles, son université, etc. Prononçant l’éloge funèbre de son père, Trump avait commencé par ces mots : « Ce jour est le pire jour de ma vie », avant de détailler la réussite de son père : avoir élevé un fils si riche et si célèbre.
Ce narcissisme est hyper présent dans le type HUIT. Il consiste à se sentir vivant en ayant un impact fort sur son environnement. L’obsession de Trump de gagner de l’argent (notamment), relève plus d’un combat pour survivre dans un monde hostile que du besoin de remplir un trou béant en obtenant l’admiration des autres, comme cela est le cas chez le profil TROIS.

« L’argent n’a jamais vraiment été mon moteur ; il ne me sert qu’à compter les points »

Orientation (bravoure, courage, commandement)
Trump est dans le combat permanent, il veut être le plus fort et dominer. « En somme, Trump est audacieux, son style est agressif, et il lui importe d’obtenir des résultats éclatants sans trop s’arrêter aux dommages collatéraux. (…) Dans ses négociations, Trump se montre vigoureux, infatigable et intraitable, jusqu’aux plus petites clauses. Il a formé un réseau important de personnalités avec lesquelles il entretient des relations personnelles, et il négocie quasi toujours en tête-à-tête – comme à la vieille école. »
La recherche du pouvoir est clé pour lui. Tony Schwartz considère d’ailleurs la personnalité de Trump comme « pathologiquement impulsive, égocentrique et obsédée par la publicité. (…) Il a réussi à augmenter la dose pendant quarante ans. La seule chose qui lui manquait était d’être candidat à la présidence. S’il pouvait se présenter pour être empereur du monde, il le ferait. » D’ailleurs en 2016, il se déclare candidat à la présidence des Etats Unis. Il incarne une voix populiste, celle d’un milliardaire qui s’assume et veut montrer au peuple que c’est possible de le devenir. Son discours renoue avec le rêve américain de la réussite possible pour tous. C’est dans ce même désir de rejoindre le peuple qu’il se fait un fervent défenseur de la loi, d’un holà sur les flux migratoires, d’une remise en question des accords commerciaux internationaux, du retour au protectionnisme, etc.
Dans The Atlantic, le psychologue Dan McAdams déchiffre le cerveau de “The Donald”. Il décrit un comportement nettement extraverti, narcissique et une quasi-absence d’empathie. « Pour un narcissique, l’autre n’est qu’un objet, l’instrument de son accession au pouvoir », précise à L’Express le psychiatre Pierre Lembeye.

« Le vrai pouvoir, c’est la peur. Tout est une question de force, il ne faut jamais risquer de se montrer faible. Il faut toujours être fort. »  D. Trump

Compulsion (la faiblesse : la sienne et celle des autres)
Dans la mythologie grecque, Narcisse ne rêve que de lui-même. Socialement, la difficulté vient du fait que sa volonté d’être le meilleur l’a empêché de faire preuve de la faiblesse que l’intimité requiert. Ceci explique l’absence de confidents, constatée dès l’école. Trump est très peu centré sur son intimité. Il n’écoute personne, ne lit pas, ne se livre quasiment jamais, ne s’excuse pas. Il a décidé très jeune de ne jamais exposer ses faiblesses.
Après la sortie dans les media de la vidéo de ses insultes salaces sur les femmes, quand Christie et Giulani lui tendent une feuille avec un texte d’excuse disant : « Mon langage était déplacé, inacceptable pour un président », il rétorque : « Pas question de lire un truc pareil. C’est vraiment des conneries. C’est faiblard. Ça reflète votre faiblesse. » Et plus tard dans l’avion quand il se retrouve avec Guilani, ancien maire de New York, il insiste : « Rudy, t’es vraiment un bébé ! Je n’ai jamais vu quelqu’un me défendre aussi mal. Ils t’ont changé la couche en direct, t’es juste un petit chiard qui avait besoin d’être changé. C’est quand que tu vas devenir adulte ? » Puis, se tournant vers Steve Bannon, son conseiller stratégique, il renchérit : «  Il n’aurait pas dû passer à l’antenne. C’est un faible. T’es un faible, Rudy. T’as rien dans le ventre. »
Par ailleurs une de ses obsessions est de chasser les traîtres et il s’assure avec soin de la loyauté de ses équipes. Au sénateur Graham, avant de lui confier un poste, il demande : « Vous êtes du genre modéré. Je veux que vous soyez pro-Trump à 100%. (…) J’ai besoin de fidélité. Je m’attends à ce que l’on me soit entièrement fidèle. » Il a très mal vécu chaque démission de son gouvernement.

«  La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait »

Mécanisme de défense (le déni)
Un jour, à un ami qui lui avouait s’être mal comporté avec les femmes de sa vie, il rétorque :« Il faut nier, nier, nier et contre-attaquer. Si tu concèdes quoi que ce soit, si tu admets ta culpabilité, t’es mort. Tu as commis une grosse erreur. Avec les femmes, il faut y aller au culot et les mettre sur la défensive. Tu as fait preuve de faiblesse. Il faut montrer sa force, il faut être agressif, il faut contre-attaquer. Il faut nier tout ce qu’on raconte sur toi. Ne jamais avouer.» Le mécanisme de défense du HUIT lui permet de maintenir l’illusion de son idéal (« je suis fort ») même contre l’évidence d’une quelconque faiblesse.
Dans un article intitulé Trump vu par les Psys, Catherine Gouëset affirme que des milliers d’experts médicaux ont signé une pétition qualifiant Donald Trump de malade mental et ont demandé à ce titre sa destitution. « Toutes les personnalités politiques ont des caractéristiques narcissiques, dit Yvane Wiart, chercheure en psychologie de l’université Paris Descartes. Mais Trump va plus loin. On peut parler de personnalité narcissique, voire de trouble narcissique. Non seulement les autres sont à sa disposition, mais la réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait ». Belle définition du déni.

« You’re fired ! » Être proche de Trump, ça veut dire payer !

Triade infernale (Injustice, Vengeance, Excès en toute choses)
« Ses amis le savent bien, (…) Trump est sans scrupules. C’est un rebelle, un perturbateur, qui vit au-dessus des lois et les méprise » écrit M. Wolff. Connu pour avoir mené l’émission The Apprentice qui avait lieu dans la Trump Tower, Donald est la personne qui avait le pouvoir de virer (to fire) les candidats les uns après les autres et de choisir celui qui travaillerait pour lui. C’est un excessif. Ses propos sont souvent provocateurs, grossiers voire injurieux : « Je pourrais me poser au milieu de la 5e Avenue et tirer sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeurs » a-t-il déclaré le 23 janvier 2016, lors d’un meeting dans l’Iowa. Et que dire de ce tweet (vite effacé) sur Hillary Clinton, candidate démocrate à l’élection présidentielle : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » Et du fameux échange avec l’animateur d’Access Hollywood au sujet d’une femme qu’il avait autrefois tenté de prendre : « Grab her by the pussy » ?
Donald Trump est quelqu’un qui aime la violence. Durant sa campagne, il a encouragé ses partisans à frapper et à attaquer les manifestants qui n’étaient pas d’accord avec lui. Lors d’un meeting à Las Vegas un perturbateur fait irruption et Donald lance : « Je lui mettrais bien mon poing dans la gueule ».
Michael Klare explique : « Il se retrouve donc dans l’approche de M. Rex Tillerson, le patron d’ExxonMobil, qu’il a choisi comme secrétaire d’État. Les deux hommes perçoivent le monde comme une vaste jungle où la concurrence est la règle et où chances et périls peuvent se présenter en tous lieux, indépendamment de la loyauté des pays concernés ou de leur hostilité présumée envers Washington.(…) Chaque État sera donc jugé à l’aune de sa contribution aux intérêts américains, et M. Trump compte utiliser les instruments dont il dispose pour récompenser les partenaires et châtier les adversaires. » Bob Woodward explique que travailler avec Trump est comme avoir un permis à 100 points en sachant que jour après jour ce capital va dégringoler. « Être proche de Trump, surtout dans le rôle de chef de cabinet, ça voulait dire perdre des points. Ça voulait dire payer ».
Son problème de narcissisme explique aussi la manière qu’il a d’accueillir la critique. Donald Trump harcèle et insulte les gens qui ont dit du mal de lui. Lorsque les médias américains mettent en doute la réalité de sa réussite et pointent son déficit, il devient très agressif envers eux. Il confesse en parlant des banques que c’est là, dans la difficulté, qu’il a vu qui lui était loyal ou pas. C’est aussi le moment où il décide de se séparer d’Ivana, qui elle était adulée par les mêmes journaux. Elle divorce et négocie de garder le Plazza Hotel.
En mai 2017, lorsque se profile une procédure d’impeachment, Trump est furax. Il ne tient pas en place et arpente son bureau de long en large. Il rumine en ayant toujours des noms de personnes contre qui fulminer. Tout le monde veut ma peau. c’est vraiment pas juste ! Tout le monde dit que je vais être destitué.» Le sentiment d’injustice point derrière la colère, ce qui est typique du HUIT. Ses proches parlent de paranoïa, ce qui va bien aussi avec le profil sous stress. Ce qui est en fait insupportable pour Trump dans cette situation est — je cite Bob Woodward — « l’idée qu’il n’était pas le chef suprême, que quelqu’un pouvait avoir du pouvoir sur lui. »

Trio vertueux (Magnanimité, Altérité, Énergie des gens)
On ne trouve pas grand chose de positif dans la littérature sur Donald. « L’avantage, écrit Wolff, c’est son enthousiasme, sa rapidité, sa spontanéité et — s’il arrête un instant de ne penser qu’à lui — un sens aigu de la faiblesse de ses opposants et de leurs profonds désirs. »
En réponse à un article du Washington Post, pointant la brutalité condescendante de Donald Trump vis-à-vis de ses équipes, une porte-parole de la Maison Blanche, Hope Hicks, a fait une étrange déclaration : « Le président Trump a une personnalité magnétique et dégage une l’énergie positive, qui est contagieuse dans son entourage. Il a une capacité inégalée à communiquer avec les gens, que ce soit face à trois personnes ou devant une audience de 30.000 personnes. Il a construit de bonnes relations tout au long de sa vie et traite chacun avec respect. Il est brillant et doté d’un grand sens de l’humour, et d’une capacité étonnante à amener chacun à se sentir spécial, et à chercher à se dépasser au delà de tout ce qu’il pensait possible. »
Ivana sa première femme confesse que Trump est généreux et chaleureux en privé. « Si vous le traitez bien, il vous traite bien, sinon vous êtes mort » confesse-t-elle. Certains journalistes disent la même chose : en privé, il est plus doux et conciliant que lors de ses prestations publiques.

Non-verbal
Son physique renvoie une impression de puissance, de force et en même temps d’enfermement sur lui-même. Trump dégage sur scène une réelle force, il occupe l’espace, il est énergique, et déploie un franc-parler combatif. Comme Jonathon Norcoss l’affirme : « Trump a la capacité — et j’ajouterais l’audace — de transmettre son autorité et son expertise, même si elles ont peu de choses en commun. » « Trump has the ability [and I would add audacity] to convey his authority and expertise, while having little of either. »

« Il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Hiérarchie des centres (IEM)
Le côté instinctif de Trump se laisse aisément voir dans deux domaines :
son style de communication. Good, bad, sad… Son langage est pauvre, simple, direct, mais redoutablement efficace. Il ne s’encombre pas de détails. Il préfère les chiffres ronds nets et précis. Il a le sens des formules. Les réunions avec Trump ne durent pas plus de 10 minutes. Il aime les désaccords francs et les positions contrastées. Son ex-chef de cabinet, Reince Priebus, explique : « Le modus operandi du président consiste à ébranler les gens, poser tous les jetons sur la table, puis, lentement mais sûrement, retirer chaque jeton un à un. »
son style de prise de décision : rapide, sur le coup, en se fiant exclusivement à son instinct et à son sens de l’improvisation. Dana White a démissionné fin décembre 2018 de son poste de porte-parole du Pentagone. Elle évoque le style décisionnel de Trump :  « Ce n’est pas vraiment chaotique, mais c’est… différent. Il a un style de gouvernance différent. Il prend des décisions très rapidement. C’est lui qui décide, par exemple sur la politique étrangère. Ensuite, c’est aux différentes administrations d’appliquer ses décisions. Pour nous qui travaillons avec lui, il a fallu s’adapter à ça. » Trump ne prépare pas. «  Il agissait comme si la préparation des dossiers risquait de gâcher ce don pour l’improvisation. Il refusait de prévoir parce qu’il y voyait un obstacle. Comme si planifier les choses lui ôterait son pouvoir, son sixième sens » en conclut Rob Porter. C’est ainsi qu’il se fait une idée des gens avec qui il va bosser en très peu de temps : « Est-ce qu’il a la tête de l’emploi ? » est son principal critère de choix. Ceci lui vaut régulièrement des déconvenues.

Trump ne lit pas et n’aime ni les professeurs, ni les intellectuels. Il n’écoute pas ses conseillers et répète à l’envi qu’il pense cela « depuis 30 ans ». Le centre mental est réprimé chez lui. Le Pr Justin Frank, psychiatre à l’université G. Washington corrobore cela dans un essai intitulé Trump sur le canapé. « Je décris un homme qui n’a jamais été contenu ni maîtrisé par ses parents. Donc il a dû lutter seul face à ses propres angoisses. À cause de ça, il a appris à diriger et à se débarrasser de son anxiété en la rejetant sur les autres, en faisant en sorte qu’on ait peur de lui. Il n’a jamais su maîtriser ses angoisses, donc il s’en décharge rapidement avec ses tweets. L’autre point, c’est qu’à cause de ça, psychologiquement, il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Seul Donald peut changer une décision de Trump

En revanche, comme il s’abreuve d’actualités sur Fox News ou CNN chaque jour, il s’émeut régulièrement pour certains faits. Ainsi au sujet de l’usage de gaz neurotoxiques en Syrie, un jour, il s’exclame : « Vous vous rendez compte ? (…) Sur des enfants, des bébés ! » C’est d’ailleurs souvent cette dimension émotionnelle qui lui fait remettre en cause des décisions qui ont l’air fermes auparavant.« Il décide quelque chose et, deux jours plus tard, il change son fusil d’épaule » dixit Rex Tillerson. Entre temps, une discussion, une rencontre… ce qui est important c’est que seul Trump peut changer une décision de Trump !
Même si Mark Singer, du New Yorker, fair remarquer qu’ « en privé, l’homme semble mener une existence qui n’est pas tourmentée par le tumulte de l’âme », la présence du centre émotionnel est plus prégnante que le mental.

Cela semble indiquer une hiérarchie des centres IEM et donc un profil HUIT µ. L’intégration en CINQ (prise de recul, hauteur de vue, générosité) ne se fait pas beaucoup voir. A part par quelques proches. La désintégration en DEUX est en revanche largement relatée. Quand Trump ne va pas bien, il se laisse envahir par la tristesse de ne pas se sentir aimé. Il a tendance à tout personnaliser. Par jalousie, il se moque des gens plus malins que lui ou il déblatère sur le dos de ses conseillers les plus proches, comme en témoigne ce passage rapporté par Wolff : «Quand le président téléphone après dîner, ses propos sont souvent décousus. D’une manière paranoïaque ou sadique, il spécule sur les défauts et les faiblesses de chaque membre de son état-major. Bannon est déloyal (sans compter qu’il est fringué comme une merde), Priebus est un faible (sans oublier qu’il est petit, un nain). Kushner, un lèche-bottes. Spicer est stupide (et il a une sale gueule). Conway est une pleurnicheuse. Jared et Ivanka [sa fille] n’auraient jamais dû venir Washington. »
Bienvenue dans l’univers de Trump…

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Sources

  • Livres
    Le Feu Et La Fureur – Trump À La Maison Blanche de Michael WOLFF, publié chez Robert Laffont le 22 février 2018.
    Peur – Trump à la Maison Blanche de Bob Woodward – publié aux éditions du Seuil le 29 novembre 2018
  • Articles
    – Trump, vu par les psy : « La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait » in Actualité Monde Amérique du Nord par Catherine Gouëset, publié le 19/02/2017.
    – Frédéric Mounier dans La Croix « L’inquiétante personnalité de Donald Trump» 19/01/2017.
    – Le Monde diplomatique, en janvier 2017 par Michael Klare, Professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts). Auteur de The Race for What’s Left. The Global Scramble for the World’s Last Resources, Metropolitan Books, New York, 2012.
    – Terra femina — http://www.terrafemina.com/article/donald-trump-un-pervers-narcissique-megalo-et-dangereux-des-psychiatres-alertent_a326892/1
    – Jacques Hubert-Rodier, éditorialiste diplomatique aux Echos – 17/08/2017 – En savoir plus sur — https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030495427241-donald-trump-et-le-deni-de-realite-2108135.php#SdMg2gmVzmTeQouQ.99
    – Luc Vinogradoff, « Menteur, narcissique, sociopathe : Donald Trump vu par sa plume cachée », Le Monde, 18 juillet 2016
    – Sur France Info TV — https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/apres-deux-a-la-maison-blanche-quatre-personnalites-analysent-la-personnalite-de-donald-trump_3153013.html 20 janvier 2019.
    – Les pires dérapages de Trump par Philippe Boulet-Gercourt Telé-Obs 24 janvier 2016 — http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20160122.OBS3233/les-pires-derapages-de-donald-trump.html
  • Vidéo
    Trump, le parrain de Manhattan, émission de François Mitterrand diffusée le 08/10/2018 sur France 3 — https://rutube.ru/video/3ffa49fb15781bccd8a5891a19cf904c/

Quel profil pour Donald Trump, président des Etats-Unis ?

La personnalité de Trump a l’air si caricaturale qu’il est tentant de conclure vite sur son profil. Au départ je pensais Donald de profil TROIS — variante α c’est-à-dire 3 dit instinctif ([E]IME). En effet, Trump présente une forte propension à considérer les autres soit comme des losers soit comme des winners. Il envoie beaucoup de messages qui tournent autour de « Je suis très riche, je suis fier de ma fortune. J’ai fait un boulot incroyable. Je suis très fier de ma réussite. » Les propos de Tony Schwartz, qui fut la plume de Trump en 1985 pour The Art of the Deal, vont en ce sens : « Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus (…). Il lui est impossible de se concentrer pendant plus de quelques minutes sur un sujet qui ne concerne pas son auto-glorification. » Ou encore qu’il a, plus que n’importe qui, « cette capacité à se convaincre lui-même que tout ce qu’il dit est vrai, ou à moitié vrai, ou, au moins, devrait être vrai. » McAdams souligne aussi la propension du milliardaire à interpréter un rôle : « Donald Trump joue le rôle de Donald Trump et se bat toujours pour gagner, mais en ne sachant jamais pourquoi. » Michael D’Antonio, un de ses biographes, dit la même chose. Autrement dit, tout se passe comme si Trump vivait sous un projecteur permanent et qu’il le savait. Tout cela sonne très TROIS. Il était assez facile d’attribuer son caractère grossier, impulsif et provocateur au côté instinctif du 3α.
Mais était-ce son profil pour autant ? Un doute subsistait, alors j’ai étudié. J’ai découvert d’autres sources, j’ai lu les livres de ceux qui ont travaillé avec lui.

En fait tout le monde a besoin de reconnaissance. Une façon de considérer l’ennéagramme, est de dire qu’il y a 9 grandes stratégies existentielles qui permettent d’obtenir cette reconnaissance. La forme de la reconnaissance attendue en revanche varie selon les profils. Quelle était celle de Trump ? C’était probablement là que se trouvait la clé de ma quête…

« Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort »

Genèse
Enfant, le jeune Donald, deuxième garçon de la fratrie Trump, désespère de ne pas exister aux yeux de son père, Fred. Seul le fils aîné — appelé aussi Fred (Jr) — est destiné à prendre la relève de l’empire immobilier paternel. Le père, lui, s’est fait tout seul, à la dure et il a enseigné à sa progéniture qu’il faut être « un roi et un tueur ». La culture familiale des Trump se résume à : trouver le vide juridique, le point faible dont on peut tirer parti, puis travailler beaucoup et constamment repousser ses limites.
Jeune, Donald Trump joue au sale gosse, redouté de ses camarades. Il fait les 400 coups. Il veut capter l’attention de ses parents, avares en tendresse. L’une de ses biographes, Laure Mandeville, souligne qu’il a toujours été rebelle et forte tête, bombardant ses instituteurs de gommes, tirant les cheveux des filles, et que le coin où les élèves turbulents étaient envoyés avait été baptisé de ses initiales, DT !
A 13 ans, son père l’envoie dans une école militaire, car il le surprend en train de préparer une descente à Manhattan avec des lames de rasoir ! Les valeurs qui sont enseignées dans cet ersatz de maison de correction correspondent – comme le souligne Frédéric Mitterrand dans le documentaire Le parrain de Manhattan – aux préceptes martelés par son père : « Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort ». D’abord traumatisé, Donald s’endurcit. Il apprend notamment à manipuler le lieutenant Dobias, une brute perverse, qui sévissait dans l’établissement. L’homme a donc été élevé dans une logique de guerre contre tous.
Son frère, Fred Jr, qui était très sensible et peu enclin à travailler dans le monde difficile de l’immobilier, sombre dans l’alcoolisme et meurt prématurément à 43 ans. C’est bien Donald, alors qu’il n’y était pas prédestiné, qui reprend le flambeau paternel.
Travaillant avec son père, Trump a beaucoup appris à son contact. Il a vite considéré que son père voyait trop petit et il voulait taper plus haut ! Sa grande ambition prend forme probablement à ce moment-là. Donald veut conquérir Manhattan, il réalise vite que c’est une jungle qu’il doit asservir pour s’affirmer. Il s’alloue alors les services de Roy Cohn, un avocat sulfureux de New York, rompu aux scandales, ancien conseiller de McCarthy, qui lui apprend à louvoyer dans cet univers. Son premier gros coup est d’arracher un énorme abattement fiscal au maire de New York pour pouvoir restaurer un hôtel, renommé Grand Hyatt Hotel en face de la gare centrale.
Très tôt, homme à femmes, il finit par épouser Ivana. Il alterne douceur et dureté avec elle et lui confie assez vite des responsabilités dans ses affaires.
Pour ériger la fameuse Trump Tower, il embauche une femme comme chef de chantier, ce qui lui vaut à l’époque la risée de ses adversaires. Barbara Res témoigne que Trump aimait la voir affronter de grands costauds sans avoir peur. « On a eu des disputes mémorables (…) Je lui tenais tête et c’est ce qui lui plaît chez les gens, dit-elle. Les autres [les faibles], il les humiliait. » Le chantier terminé, Donald déclare que tout le monde pensait qu’il était impossible de faire ce genre d’édifice à cet endroit, mais lui l’a fait ! Il est maintenant un chef incontesté et reconnu : quand on voit les images de l’inauguration avec son père, on comprend que maintenant c’est lui le boss ! L’étoile de Fred cède son leadership à celle de Donald. Et ce n’est qu’un début… C’est ce type de reconnaissance qui est attendu par Donald !

L’hypothèse TROIS commence à laisser place à celle d’un profil HUITvariante µ c’est-à-dire Huit émotionnel (IEM). Etudions-la en détails.

 « Je cogne donc je suis » dixit Howard Gardner sur Trump.

Devise (je suis fort donc je suis)
« Le président américain a posté sur Twitter une vidéo arrangée dans laquelle il plaque au sol un homme, dont le visage est symboliquement remplacé par le logo de CNN, puis le roue de coups » rapportent les Echos le 02 juillet 2017. Tout est dit ! Trump est un combattant, brutal dans sa communication, direct, violent, absolu, ayant une vision du monde binaire (les bons et les méchants).
« Je cogne donc je suis. Et si je perds, je me présente comme victime. Je ne mens jamais : je pratique l’hyperbole véridique. Si je suis dans l’ombre, je me sens diminué. » Howard Garner, professeur à Harvard, à qui on demandait de résumer la personnalité de l’homme d’affaires, a répondu : « Il est d’un narcissisme à peine croyable ». En effet, on pourrait se demander pourquoi son nom est accolé à tous les produits qu’il commercialise : ses casinos, ses steaks, son vin, ses immeubles, son université, etc. Prononçant l’éloge funèbre de son père, Trump avait commencé par ces mots : « Ce jour est le pire jour de ma vie », avant de détailler la réussite de son père : avoir élevé un fils si riche et si célèbre.
Ce narcissisme est hyper présent dans le type HUIT. Il consiste à se sentir vivant en ayant un impact fort sur son environnement. L’obsession de Trump de gagner de l’argent (notamment), relève plus d’un combat pour survivre dans un monde hostile que du besoin de remplir un trou béant en obtenant l’admiration des autres, comme cela est le cas chez le profil TROIS.

« L’argent n’a jamais vraiment été mon moteur ; il ne me sert qu’à compter les points »

Orientation (bravoure, courage, commandement)
Trump est dans le combat permanent, il veut être le plus fort et dominer. « En somme, Trump est audacieux, son style est agressif, et il lui importe d’obtenir des résultats éclatants sans trop s’arrêter aux dommages collatéraux. (…) Dans ses négociations, Trump se montre vigoureux, infatigable et intraitable, jusqu’aux plus petites clauses. Il a formé un réseau important de personnalités avec lesquelles il entretient des relations personnelles, et il négocie quasi toujours en tête-à-tête – comme à la vieille école. »
La recherche du pouvoir est clé pour lui. Tony Schwartz considère d’ailleurs la personnalité de Trump comme « pathologiquement impulsive, égocentrique et obsédée par la publicité. (…) Il a réussi à augmenter la dose pendant quarante ans. La seule chose qui lui manquait était d’être candidat à la présidence. S’il pouvait se présenter pour être empereur du monde, il le ferait. » D’ailleurs en 2016, il se déclare candidat à la présidence des Etats Unis. Il incarne une voix populiste, celle d’un milliardaire qui s’assume et veut montrer au peuple que c’est possible de le devenir. Son discours renoue avec le rêve américain de la réussite possible pour tous. C’est dans ce même désir de rejoindre le peuple qu’il se fait un fervent défenseur de la loi, d’un holà sur les flux migratoires, d’une remise en question des accords commerciaux internationaux, du retour au protectionnisme, etc.
Dans The Atlantic, le psychologue Dan McAdams déchiffre le cerveau de “The Donald”. Il décrit un comportement nettement extraverti, narcissique et une quasi-absence d’empathie. « Pour un narcissique, l’autre n’est qu’un objet, l’instrument de son accession au pouvoir », précise à L’Express le psychiatre Pierre Lembeye.

« Le vrai pouvoir, c’est la peur. Tout est une question de force, il ne faut jamais risquer de se montrer faible. Il faut toujours être fort. »  D. Trump

Compulsion (la faiblesse : la sienne et celle des autres)
Dans la mythologie grecque, Narcisse ne rêve que de lui-même. Socialement, la difficulté vient du fait que sa volonté d’être le meilleur l’a empêché de faire preuve de la faiblesse que l’intimité requiert. Ceci explique l’absence de confidents, constatée dès l’école. Trump est très peu centré sur son intimité. Il n’écoute personne, ne lit pas, ne se livre quasiment jamais, ne s’excuse pas. Il a décidé très jeune de ne jamais exposer ses faiblesses.
Après la sortie dans les media de la vidéo de ses insultes salaces sur les femmes, quand Christie et Giulani lui tendent une feuille avec un texte d’excuse disant : « Mon langage était déplacé, inacceptable pour un président », il rétorque : « Pas question de lire un truc pareil. C’est vraiment des conneries. C’est faiblard. Ça reflète votre faiblesse. » Et plus tard dans l’avion quand il se retrouve avec Guilani, ancien maire de New York, il insiste : « Rudy, t’es vraiment un bébé ! Je n’ai jamais vu quelqu’un me défendre aussi mal. Ils t’ont changé la couche en direct, t’es juste un petit chiard qui avait besoin d’être changé. C’est quand que tu vas devenir adulte ? » Puis, se tournant vers Steve Bannon, son conseiller stratégique, il renchérit : «  Il n’aurait pas dû passer à l’antenne. C’est un faible. T’es un faible, Rudy. T’as rien dans le ventre. »
Par ailleurs une de ses obsessions est de chasser les traîtres et il s’assure avec soin de la loyauté de ses équipes. Au sénateur Graham, avant de lui confier un poste, il demande : « Vous êtes du genre modéré. Je veux que vous soyez pro-Trump à 100%. (…) J’ai besoin de fidélité. Je m’attends à ce que l’on me soit entièrement fidèle. » Il a très mal vécu chaque démission de son gouvernement.

«  La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait »

Mécanisme de défense (le déni)
Un jour, à un ami qui lui avouait s’être mal comporté avec les femmes de sa vie, il rétorque :« Il faut nier, nier, nier et contre-attaquer. Si tu concèdes quoi que ce soit, si tu admets ta culpabilité, t’es mort. Tu as commis une grosse erreur. Avec les femmes, il faut y aller au culot et les mettre sur la défensive. Tu as fait preuve de faiblesse. Il faut montrer sa force, il faut être agressif, il faut contre-attaquer. Il faut nier tout ce qu’on raconte sur toi. Ne jamais avouer.» Le mécanisme de défense du HUIT lui permet de maintenir l’illusion de son idéal (« je suis fort ») même contre l’évidence d’une quelconque faiblesse.
Dans un article intitulé Trump vu par les Psys, Catherine Gouëset affirme que des milliers d’experts médicaux ont signé une pétition qualifiant Donald Trump de malade mental et ont demandé à ce titre sa destitution. « Toutes les personnalités politiques ont des caractéristiques narcissiques, dit Yvane Wiart, chercheure en psychologie de l’université Paris Descartes. Mais Trump va plus loin. On peut parler de personnalité narcissique, voire de trouble narcissique. Non seulement les autres sont à sa disposition, mais la réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait ». Belle définition du déni.

« You’re fired ! » Être proche de Trump, ça veut dire payer !

Triade infernale (Injustice, Vengeance, Excès en toute choses)
« Ses amis le savent bien, (…) Trump est sans scrupules. C’est un rebelle, un perturbateur, qui vit au-dessus des lois et les méprise » écrit M. Wolff. Connu pour avoir mené l’émission The Apprentice qui avait lieu dans la Trump Tower, Donald est la personne qui avait le pouvoir de virer (to fire) les candidats les uns après les autres et de choisir celui qui travaillerait pour lui. C’est un excessif. Ses propos sont souvent provocateurs, grossiers voire injurieux : « Je pourrais me poser au milieu de la 5e Avenue et tirer sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeurs » a-t-il déclaré le 23 janvier 2016, lors d’un meeting dans l’Iowa. Et que dire de ce tweet (vite effacé) sur Hillary Clinton, candidate démocrate à l’élection présidentielle : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » Et du fameux échange avec l’animateur d’Access Hollywood au sujet d’une femme qu’il avait autrefois tenté de prendre : « Grab her by the pussy » ?
Donald Trump est quelqu’un qui aime la violence. Durant sa campagne, il a encouragé ses partisans à frapper et à attaquer les manifestants qui n’étaient pas d’accord avec lui. Lors d’un meeting à Las Vegas un perturbateur fait irruption et Donald lance : « Je lui mettrais bien mon poing dans la gueule ».
Michael Klare explique : « Il se retrouve donc dans l’approche de M. Rex Tillerson, le patron d’ExxonMobil, qu’il a choisi comme secrétaire d’État. Les deux hommes perçoivent le monde comme une vaste jungle où la concurrence est la règle et où chances et périls peuvent se présenter en tous lieux, indépendamment de la loyauté des pays concernés ou de leur hostilité présumée envers Washington.(…) Chaque État sera donc jugé à l’aune de sa contribution aux intérêts américains, et M. Trump compte utiliser les instruments dont il dispose pour récompenser les partenaires et châtier les adversaires. » Bob Woodward explique que travailler avec Trump est comme avoir un permis à 100 points en sachant que jour après jour ce capital va dégringoler. « Être proche de Trump, surtout dans le rôle de chef de cabinet, ça voulait dire perdre des points. Ça voulait dire payer ».
Son problème de narcissisme explique aussi la manière qu’il a d’accueillir la critique. Donald Trump harcèle et insulte les gens qui ont dit du mal de lui. Lorsque les médias américains mettent en doute la réalité de sa réussite et pointent son déficit, il devient très agressif envers eux. Il confesse en parlant des banques que c’est là, dans la difficulté, qu’il a vu qui lui était loyal ou pas. C’est aussi le moment où il décide de se séparer d’Ivana, qui elle était adulée par les mêmes journaux. Elle divorce et négocie de garder le Plazza Hotel.
En mai 2017, lorsque se profile une procédure d’impeachment, Trump est furax. Il ne tient pas en place et arpente son bureau de long en large. Il rumine en ayant toujours des noms de personnes contre qui fulminer. Tout le monde veut ma peau. c’est vraiment pas juste ! Tout le monde dit que je vais être destitué.» Le sentiment d’injustice point derrière la colère, ce qui est typique du HUIT. Ses proches parlent de paranoïa, ce qui va bien aussi avec le profil sous stress. Ce qui est en fait insupportable pour Trump dans cette situation est — je cite Bob Woodward — « l’idée qu’il n’était pas le chef suprême, que quelqu’un pouvait avoir du pouvoir sur lui. »

Trio vertueux (Magnanimité, Altérité, Énergie des gens)
On ne trouve pas grand chose de positif dans la littérature sur Donald. « L’avantage, écrit Wolff, c’est son enthousiasme, sa rapidité, sa spontanéité et — s’il arrête un instant de ne penser qu’à lui — un sens aigu de la faiblesse de ses opposants et de leurs profonds désirs. »
En réponse à un article du Washington Post, pointant la brutalité condescendante de Donald Trump vis-à-vis de ses équipes, une porte-parole de la Maison Blanche, Hope Hicks, a fait une étrange déclaration : « Le président Trump a une personnalité magnétique et dégage une l’énergie positive, qui est contagieuse dans son entourage. Il a une capacité inégalée à communiquer avec les gens, que ce soit face à trois personnes ou devant une audience de 30.000 personnes. Il a construit de bonnes relations tout au long de sa vie et traite chacun avec respect. Il est brillant et doté d’un grand sens de l’humour, et d’une capacité étonnante à amener chacun à se sentir spécial, et à chercher à se dépasser au delà de tout ce qu’il pensait possible. »
Ivana sa première femme confesse que Trump est généreux et chaleureux en privé. « Si vous le traitez bien, il vous traite bien, sinon vous êtes mort » confesse-t-elle. Certains journalistes disent la même chose : en privé, il est plus doux et conciliant que lors de ses prestations publiques.

Non-verbal
Son physique renvoie une impression de puissance, de force et en même temps d’enfermement sur lui-même. Trump dégage sur scène une réelle force, il occupe l’espace, il est énergique, et déploie un franc-parler combatif. Comme Jonathon Norcoss l’affirme : « Trump a la capacité — et j’ajouterais l’audace — de transmettre son autorité et son expertise, même si elles ont peu de choses en commun. » « Trump has the ability [and I would add audacity] to convey his authority and expertise, while having little of either. »

« Il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Hiérarchie des centres (IEM)
Le côté instinctif de Trump se laisse aisément voir dans deux domaines :
son style de communication. Good, bad, sad… Son langage est pauvre, simple, direct, mais redoutablement efficace. Il ne s’encombre pas de détails. Il préfère les chiffres ronds nets et précis. Il a le sens des formules. Les réunions avec Trump ne durent pas plus de 10 minutes. Il aime les désaccords francs et les positions contrastées. Son ex-chef de cabinet, Reince Priebus, explique : « Le modus operandi du président consiste à ébranler les gens, poser tous les jetons sur la table, puis, lentement mais sûrement, retirer chaque jeton un à un. »
son style de prise de décision : rapide, sur le coup, en se fiant exclusivement à son instinct et à son sens de l’improvisation. Dana White a démissionné fin décembre 2018 de son poste de porte-parole du Pentagone. Elle évoque le style décisionnel de Trump :  « Ce n’est pas vraiment chaotique, mais c’est… différent. Il a un style de gouvernance différent. Il prend des décisions très rapidement. C’est lui qui décide, par exemple sur la politique étrangère. Ensuite, c’est aux différentes administrations d’appliquer ses décisions. Pour nous qui travaillons avec lui, il a fallu s’adapter à ça. » Trump ne prépare pas. «  Il agissait comme si la préparation des dossiers risquait de gâcher ce don pour l’improvisation. Il refusait de prévoir parce qu’il y voyait un obstacle. Comme si planifier les choses lui ôterait son pouvoir, son sixième sens » en conclut Rob Porter. C’est ainsi qu’il se fait une idée des gens avec qui il va bosser en très peu de temps : « Est-ce qu’il a la tête de l’emploi ? » est son principal critère de choix. Ceci lui vaut régulièrement des déconvenues.

Trump ne lit pas et n’aime ni les professeurs, ni les intellectuels. Il n’écoute pas ses conseillers et répète à l’envi qu’il pense cela « depuis 30 ans ». Le centre mental est réprimé chez lui. Le Pr Justin Frank, psychiatre à l’université G. Washington corrobore cela dans un essai intitulé Trump sur le canapé. « Je décris un homme qui n’a jamais été contenu ni maîtrisé par ses parents. Donc il a dû lutter seul face à ses propres angoisses. À cause de ça, il a appris à diriger et à se débarrasser de son anxiété en la rejetant sur les autres, en faisant en sorte qu’on ait peur de lui. Il n’a jamais su maîtriser ses angoisses, donc il s’en décharge rapidement avec ses tweets. L’autre point, c’est qu’à cause de ça, psychologiquement, il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Seul Donald peut changer une décision de Trump

En revanche, comme il s’abreuve d’actualités sur Fox News ou CNN chaque jour, il s’émeut régulièrement pour certains faits. Ainsi au sujet de l’usage de gaz neurotoxiques en Syrie, un jour, il s’exclame : « Vous vous rendez compte ? (…) Sur des enfants, des bébés ! » C’est d’ailleurs souvent cette dimension émotionnelle qui lui fait remettre en cause des décisions qui ont l’air fermes auparavant.« Il décide quelque chose et, deux jours plus tard, il change son fusil d’épaule » dixit Rex Tillerson. Entre temps, une discussion, une rencontre… ce qui est important c’est que seul Trump peut changer une décision de Trump !
Même si Mark Singer, du New Yorker, fair remarquer qu’ « en privé, l’homme semble mener une existence qui n’est pas tourmentée par le tumulte de l’âme », la présence du centre émotionnel est plus prégnante que le mental.

Cela semble indiquer une hiérarchie des centres IEM et donc un profil HUIT µ. L’intégration en CINQ (prise de recul, hauteur de vue, générosité) ne se fait pas beaucoup voir. A part par quelques proches. La désintégration en DEUX est en revanche largement relatée. Quand Trump ne va pas bien, il se laisse envahir par la tristesse de ne pas se sentir aimé. Il a tendance à tout personnaliser. Par jalousie, il se moque des gens plus malins que lui ou il déblatère sur le dos de ses conseillers les plus proches, comme en témoigne ce passage rapporté par Wolff : «Quand le président téléphone après dîner, ses propos sont souvent décousus. D’une manière paranoïaque ou sadique, il spécule sur les défauts et les faiblesses de chaque membre de son état-major. Bannon est déloyal (sans compter qu’il est fringué comme une merde), Priebus est un faible (sans oublier qu’il est petit, un nain). Kushner, un lèche-bottes. Spicer est stupide (et il a une sale gueule). Conway est une pleurnicheuse. Jared et Ivanka [sa fille] n’auraient jamais dû venir Washington. »
Bienvenue dans l’univers de Trump…

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Sources

  • Livres
    Le Feu Et La Fureur – Trump À La Maison Blanche de Michael WOLFF, publié chez Robert Laffont le 22 février 2018.
    Peur – Trump à la Maison Blanche de Bob Woodward – publié aux éditions du Seuil le 29 novembre 2018
  • Articles
    – Trump, vu par les psy : « La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait » in Actualité Monde Amérique du Nord par Catherine Gouëset, publié le 19/02/2017.
    – Frédéric Mounier dans La Croix « L’inquiétante personnalité de Donald Trump» 19/01/2017.
    – Le Monde diplomatique, en janvier 2017 par Michael Klare, Professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts). Auteur de The Race for What’s Left. The Global Scramble for the World’s Last Resources, Metropolitan Books, New York, 2012.
    – Terra femina — http://www.terrafemina.com/article/donald-trump-un-pervers-narcissique-megalo-et-dangereux-des-psychiatres-alertent_a326892/1
    – Jacques Hubert-Rodier, éditorialiste diplomatique aux Echos – 17/08/2017 – En savoir plus sur — https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030495427241-donald-trump-et-le-deni-de-realite-2108135.php#SdMg2gmVzmTeQouQ.99
    – Luc Vinogradoff, « Menteur, narcissique, sociopathe : Donald Trump vu par sa plume cachée », Le Monde, 18 juillet 2016
    – Sur France Info TV — https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/apres-deux-a-la-maison-blanche-quatre-personnalites-analysent-la-personnalite-de-donald-trump_3153013.html 20 janvier 2019.
    – Les pires dérapages de Trump par Philippe Boulet-Gercourt Telé-Obs 24 janvier 2016 — http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20160122.OBS3233/les-pires-derapages-de-donald-trump.html
  • Vidéo
    Trump, le parrain de Manhattan, émission de François Mitterrand diffusée le 08/10/2018 sur France 3 — https://rutube.ru/video/3ffa49fb15781bccd8a5891a19cf904c/

Quel profil pour Donald Trump, président des Etats-Unis ?

La personnalité de Trump a l’air si caricaturale qu’il est tentant de conclure vite sur son profil. Au départ je pensais Donald de profil TROIS — variante α c’est-à-dire 3 dit instinctif ([E]IME). En effet, Trump présente une forte propension à considérer les autres soit comme des losers soit comme des winners. Il envoie beaucoup de messages qui tournent autour de « Je suis très riche, je suis fier de ma fortune. J’ai fait un boulot incroyable. Je suis très fier de ma réussite. » Les propos de Tony Schwartz, qui fut la plume de Trump en 1985 pour The Art of the Deal, vont en ce sens : « Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus (…). Il lui est impossible de se concentrer pendant plus de quelques minutes sur un sujet qui ne concerne pas son auto-glorification. » Ou encore qu’il a, plus que n’importe qui, « cette capacité à se convaincre lui-même que tout ce qu’il dit est vrai, ou à moitié vrai, ou, au moins, devrait être vrai. » McAdams souligne aussi la propension du milliardaire à interpréter un rôle : « Donald Trump joue le rôle de Donald Trump et se bat toujours pour gagner, mais en ne sachant jamais pourquoi. » Michael D’Antonio, un de ses biographes, dit la même chose. Autrement dit, tout se passe comme si Trump vivait sous un projecteur permanent et qu’il le savait. Tout cela sonne très TROIS. Il était assez facile d’attribuer son caractère grossier, impulsif et provocateur au côté instinctif du 3α.
Mais était-ce son profil pour autant ? Un doute subsistait, alors j’ai étudié. J’ai découvert d’autres sources, j’ai lu les livres de ceux qui ont travaillé avec lui.

En fait tout le monde a besoin de reconnaissance. Une façon de considérer l’ennéagramme, est de dire qu’il y a 9 grandes stratégies existentielles qui permettent d’obtenir cette reconnaissance. La forme de la reconnaissance attendue en revanche varie selon les profils. Quelle était celle de Trump ? C’était probablement là que se trouvait la clé de ma quête…

« Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort »

Genèse
Enfant, le jeune Donald, deuxième garçon de la fratrie Trump, désespère de ne pas exister aux yeux de son père, Fred. Seul le fils aîné — appelé aussi Fred (Jr) — est destiné à prendre la relève de l’empire immobilier paternel. Le père, lui, s’est fait tout seul, à la dure et il a enseigné à sa progéniture qu’il faut être « un roi et un tueur ». La culture familiale des Trump se résume à : trouver le vide juridique, le point faible dont on peut tirer parti, puis travailler beaucoup et constamment repousser ses limites.
Jeune, Donald Trump joue au sale gosse, redouté de ses camarades. Il fait les 400 coups. Il veut capter l’attention de ses parents, avares en tendresse. L’une de ses biographes, Laure Mandeville, souligne qu’il a toujours été rebelle et forte tête, bombardant ses instituteurs de gommes, tirant les cheveux des filles, et que le coin où les élèves turbulents étaient envoyés avait été baptisé de ses initiales, DT !
A 13 ans, son père l’envoie dans une école militaire, car il le surprend en train de préparer une descente à Manhattan avec des lames de rasoir ! Les valeurs qui sont enseignées dans cet ersatz de maison de correction correspondent – comme le souligne Frédéric Mitterrand dans le documentaire Le parrain de Manhattan – aux préceptes martelés par son père : « Attaque au lieu de te défendre ; si on te frappe, frappe plus fort ». D’abord traumatisé, Donald s’endurcit. Il apprend notamment à manipuler le lieutenant Dobias, une brute perverse, qui sévissait dans l’établissement. L’homme a donc été élevé dans une logique de guerre contre tous.
Son frère, Fred Jr, qui était très sensible et peu enclin à travailler dans le monde difficile de l’immobilier, sombre dans l’alcoolisme et meurt prématurément à 43 ans. C’est bien Donald, alors qu’il n’y était pas prédestiné, qui reprend le flambeau paternel.
Travaillant avec son père, Trump a beaucoup appris à son contact. Il a vite considéré que son père voyait trop petit et il voulait taper plus haut ! Sa grande ambition prend forme probablement à ce moment-là. Donald veut conquérir Manhattan, il réalise vite que c’est une jungle qu’il doit asservir pour s’affirmer. Il s’alloue alors les services de Roy Cohn, un avocat sulfureux de New York, rompu aux scandales, ancien conseiller de McCarthy, qui lui apprend à louvoyer dans cet univers. Son premier gros coup est d’arracher un énorme abattement fiscal au maire de New York pour pouvoir restaurer un hôtel, renommé Grand Hyatt Hotel en face de la gare centrale.
Très tôt, homme à femmes, il finit par épouser Ivana. Il alterne douceur et dureté avec elle et lui confie assez vite des responsabilités dans ses affaires.
Pour ériger la fameuse Trump Tower, il embauche une femme comme chef de chantier, ce qui lui vaut à l’époque la risée de ses adversaires. Barbara Res témoigne que Trump aimait la voir affronter de grands costauds sans avoir peur. « On a eu des disputes mémorables (…) Je lui tenais tête et c’est ce qui lui plaît chez les gens, dit-elle. Les autres [les faibles], il les humiliait. » Le chantier terminé, Donald déclare que tout le monde pensait qu’il était impossible de faire ce genre d’édifice à cet endroit, mais lui l’a fait ! Il est maintenant un chef incontesté et reconnu : quand on voit les images de l’inauguration avec son père, on comprend que maintenant c’est lui le boss ! L’étoile de Fred cède son leadership à celle de Donald. Et ce n’est qu’un début… C’est ce type de reconnaissance qui est attendu par Donald !

L’hypothèse TROIS commence à laisser place à celle d’un profil HUITvariante µ c’est-à-dire Huit émotionnel (IEM). Etudions-la en détails.

 « Je cogne donc je suis » dixit Howard Gardner sur Trump.

Devise (je suis fort donc je suis)
« Le président américain a posté sur Twitter une vidéo arrangée dans laquelle il plaque au sol un homme, dont le visage est symboliquement remplacé par le logo de CNN, puis le roue de coups » rapportent les Echos le 02 juillet 2017. Tout est dit ! Trump est un combattant, brutal dans sa communication, direct, violent, absolu, ayant une vision du monde binaire (les bons et les méchants).
« Je cogne donc je suis. Et si je perds, je me présente comme victime. Je ne mens jamais : je pratique l’hyperbole véridique. Si je suis dans l’ombre, je me sens diminué. » Howard Garner, professeur à Harvard, à qui on demandait de résumer la personnalité de l’homme d’affaires, a répondu : « Il est d’un narcissisme à peine croyable ». En effet, on pourrait se demander pourquoi son nom est accolé à tous les produits qu’il commercialise : ses casinos, ses steaks, son vin, ses immeubles, son université, etc. Prononçant l’éloge funèbre de son père, Trump avait commencé par ces mots : « Ce jour est le pire jour de ma vie », avant de détailler la réussite de son père : avoir élevé un fils si riche et si célèbre.
Ce narcissisme est hyper présent dans le type HUIT. Il consiste à se sentir vivant en ayant un impact fort sur son environnement. L’obsession de Trump de gagner de l’argent (notamment), relève plus d’un combat pour survivre dans un monde hostile que du besoin de remplir un trou béant en obtenant l’admiration des autres, comme cela est le cas chez le profil TROIS.

« L’argent n’a jamais vraiment été mon moteur ; il ne me sert qu’à compter les points »

Orientation (bravoure, courage, commandement)
Trump est dans le combat permanent, il veut être le plus fort et dominer. « En somme, Trump est audacieux, son style est agressif, et il lui importe d’obtenir des résultats éclatants sans trop s’arrêter aux dommages collatéraux. (…) Dans ses négociations, Trump se montre vigoureux, infatigable et intraitable, jusqu’aux plus petites clauses. Il a formé un réseau important de personnalités avec lesquelles il entretient des relations personnelles, et il négocie quasi toujours en tête-à-tête – comme à la vieille école. »
La recherche du pouvoir est clé pour lui. Tony Schwartz considère d’ailleurs la personnalité de Trump comme « pathologiquement impulsive, égocentrique et obsédée par la publicité. (…) Il a réussi à augmenter la dose pendant quarante ans. La seule chose qui lui manquait était d’être candidat à la présidence. S’il pouvait se présenter pour être empereur du monde, il le ferait. » D’ailleurs en 2016, il se déclare candidat à la présidence des Etats Unis. Il incarne une voix populiste, celle d’un milliardaire qui s’assume et veut montrer au peuple que c’est possible de le devenir. Son discours renoue avec le rêve américain de la réussite possible pour tous. C’est dans ce même désir de rejoindre le peuple qu’il se fait un fervent défenseur de la loi, d’un holà sur les flux migratoires, d’une remise en question des accords commerciaux internationaux, du retour au protectionnisme, etc.
Dans The Atlantic, le psychologue Dan McAdams déchiffre le cerveau de “The Donald”. Il décrit un comportement nettement extraverti, narcissique et une quasi-absence d’empathie. « Pour un narcissique, l’autre n’est qu’un objet, l’instrument de son accession au pouvoir », précise à L’Express le psychiatre Pierre Lembeye.

« Le vrai pouvoir, c’est la peur. Tout est une question de force, il ne faut jamais risquer de se montrer faible. Il faut toujours être fort. »  D. Trump

Compulsion (la faiblesse : la sienne et celle des autres)
Dans la mythologie grecque, Narcisse ne rêve que de lui-même. Socialement, la difficulté vient du fait que sa volonté d’être le meilleur l’a empêché de faire preuve de la faiblesse que l’intimité requiert. Ceci explique l’absence de confidents, constatée dès l’école. Trump est très peu centré sur son intimité. Il n’écoute personne, ne lit pas, ne se livre quasiment jamais, ne s’excuse pas. Il a décidé très jeune de ne jamais exposer ses faiblesses.
Après la sortie dans les media de la vidéo de ses insultes salaces sur les femmes, quand Christie et Giulani lui tendent une feuille avec un texte d’excuse disant : « Mon langage était déplacé, inacceptable pour un président », il rétorque : « Pas question de lire un truc pareil. C’est vraiment des conneries. C’est faiblard. Ça reflète votre faiblesse. » Et plus tard dans l’avion quand il se retrouve avec Guilani, ancien maire de New York, il insiste : « Rudy, t’es vraiment un bébé ! Je n’ai jamais vu quelqu’un me défendre aussi mal. Ils t’ont changé la couche en direct, t’es juste un petit chiard qui avait besoin d’être changé. C’est quand que tu vas devenir adulte ? » Puis, se tournant vers Steve Bannon, son conseiller stratégique, il renchérit : «  Il n’aurait pas dû passer à l’antenne. C’est un faible. T’es un faible, Rudy. T’as rien dans le ventre. »
Par ailleurs une de ses obsessions est de chasser les traîtres et il s’assure avec soin de la loyauté de ses équipes. Au sénateur Graham, avant de lui confier un poste, il demande : « Vous êtes du genre modéré. Je veux que vous soyez pro-Trump à 100%. (…) J’ai besoin de fidélité. Je m’attends à ce que l’on me soit entièrement fidèle. » Il a très mal vécu chaque démission de son gouvernement.

«  La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait »

Mécanisme de défense (le déni)
Un jour, à un ami qui lui avouait s’être mal comporté avec les femmes de sa vie, il rétorque :« Il faut nier, nier, nier et contre-attaquer. Si tu concèdes quoi que ce soit, si tu admets ta culpabilité, t’es mort. Tu as commis une grosse erreur. Avec les femmes, il faut y aller au culot et les mettre sur la défensive. Tu as fait preuve de faiblesse. Il faut montrer sa force, il faut être agressif, il faut contre-attaquer. Il faut nier tout ce qu’on raconte sur toi. Ne jamais avouer.» Le mécanisme de défense du HUIT lui permet de maintenir l’illusion de son idéal (« je suis fort ») même contre l’évidence d’une quelconque faiblesse.
Dans un article intitulé Trump vu par les Psys, Catherine Gouëset affirme que des milliers d’experts médicaux ont signé une pétition qualifiant Donald Trump de malade mental et ont demandé à ce titre sa destitution. « Toutes les personnalités politiques ont des caractéristiques narcissiques, dit Yvane Wiart, chercheure en psychologie de l’université Paris Descartes. Mais Trump va plus loin. On peut parler de personnalité narcissique, voire de trouble narcissique. Non seulement les autres sont à sa disposition, mais la réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait ». Belle définition du déni.

« You’re fired ! » Être proche de Trump, ça veut dire payer !

Triade infernale (Injustice, Vengeance, Excès en toute choses)
« Ses amis le savent bien, (…) Trump est sans scrupules. C’est un rebelle, un perturbateur, qui vit au-dessus des lois et les méprise » écrit M. Wolff. Connu pour avoir mené l’émission The Apprentice qui avait lieu dans la Trump Tower, Donald est la personne qui avait le pouvoir de virer (to fire) les candidats les uns après les autres et de choisir celui qui travaillerait pour lui. C’est un excessif. Ses propos sont souvent provocateurs, grossiers voire injurieux : « Je pourrais me poser au milieu de la 5e Avenue et tirer sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeurs » a-t-il déclaré le 23 janvier 2016, lors d’un meeting dans l’Iowa. Et que dire de ce tweet (vite effacé) sur Hillary Clinton, candidate démocrate à l’élection présidentielle : « Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ? » Et du fameux échange avec l’animateur d’Access Hollywood au sujet d’une femme qu’il avait autrefois tenté de prendre : « Grab her by the pussy » ?
Donald Trump est quelqu’un qui aime la violence. Durant sa campagne, il a encouragé ses partisans à frapper et à attaquer les manifestants qui n’étaient pas d’accord avec lui. Lors d’un meeting à Las Vegas un perturbateur fait irruption et Donald lance : « Je lui mettrais bien mon poing dans la gueule ».
Michael Klare explique : « Il se retrouve donc dans l’approche de M. Rex Tillerson, le patron d’ExxonMobil, qu’il a choisi comme secrétaire d’État. Les deux hommes perçoivent le monde comme une vaste jungle où la concurrence est la règle et où chances et périls peuvent se présenter en tous lieux, indépendamment de la loyauté des pays concernés ou de leur hostilité présumée envers Washington.(…) Chaque État sera donc jugé à l’aune de sa contribution aux intérêts américains, et M. Trump compte utiliser les instruments dont il dispose pour récompenser les partenaires et châtier les adversaires. » Bob Woodward explique que travailler avec Trump est comme avoir un permis à 100 points en sachant que jour après jour ce capital va dégringoler. « Être proche de Trump, surtout dans le rôle de chef de cabinet, ça voulait dire perdre des points. Ça voulait dire payer ».
Son problème de narcissisme explique aussi la manière qu’il a d’accueillir la critique. Donald Trump harcèle et insulte les gens qui ont dit du mal de lui. Lorsque les médias américains mettent en doute la réalité de sa réussite et pointent son déficit, il devient très agressif envers eux. Il confesse en parlant des banques que c’est là, dans la difficulté, qu’il a vu qui lui était loyal ou pas. C’est aussi le moment où il décide de se séparer d’Ivana, qui elle était adulée par les mêmes journaux. Elle divorce et négocie de garder le Plazza Hotel.
En mai 2017, lorsque se profile une procédure d’impeachment, Trump est furax. Il ne tient pas en place et arpente son bureau de long en large. Il rumine en ayant toujours des noms de personnes contre qui fulminer. Tout le monde veut ma peau. c’est vraiment pas juste ! Tout le monde dit que je vais être destitué.» Le sentiment d’injustice point derrière la colère, ce qui est typique du HUIT. Ses proches parlent de paranoïa, ce qui va bien aussi avec le profil sous stress. Ce qui est en fait insupportable pour Trump dans cette situation est — je cite Bob Woodward — « l’idée qu’il n’était pas le chef suprême, que quelqu’un pouvait avoir du pouvoir sur lui. »

Trio vertueux (Magnanimité, Altérité, Énergie des gens)
On ne trouve pas grand chose de positif dans la littérature sur Donald. « L’avantage, écrit Wolff, c’est son enthousiasme, sa rapidité, sa spontanéité et — s’il arrête un instant de ne penser qu’à lui — un sens aigu de la faiblesse de ses opposants et de leurs profonds désirs. »
En réponse à un article du Washington Post, pointant la brutalité condescendante de Donald Trump vis-à-vis de ses équipes, une porte-parole de la Maison Blanche, Hope Hicks, a fait une étrange déclaration : « Le président Trump a une personnalité magnétique et dégage une l’énergie positive, qui est contagieuse dans son entourage. Il a une capacité inégalée à communiquer avec les gens, que ce soit face à trois personnes ou devant une audience de 30.000 personnes. Il a construit de bonnes relations tout au long de sa vie et traite chacun avec respect. Il est brillant et doté d’un grand sens de l’humour, et d’une capacité étonnante à amener chacun à se sentir spécial, et à chercher à se dépasser au delà de tout ce qu’il pensait possible. »
Ivana sa première femme confesse que Trump est généreux et chaleureux en privé. « Si vous le traitez bien, il vous traite bien, sinon vous êtes mort » confesse-t-elle. Certains journalistes disent la même chose : en privé, il est plus doux et conciliant que lors de ses prestations publiques.

Non-verbal
Son physique renvoie une impression de puissance, de force et en même temps d’enfermement sur lui-même. Trump dégage sur scène une réelle force, il occupe l’espace, il est énergique, et déploie un franc-parler combatif. Comme Jonathon Norcoss l’affirme : « Trump a la capacité — et j’ajouterais l’audace — de transmettre son autorité et son expertise, même si elles ont peu de choses en commun. » « Trump has the ability [and I would add audacity] to convey his authority and expertise, while having little of either. »

« Il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Hiérarchie des centres (IEM)
Le côté instinctif de Trump se laisse aisément voir dans deux domaines :
son style de communication. Good, bad, sad… Son langage est pauvre, simple, direct, mais redoutablement efficace. Il ne s’encombre pas de détails. Il préfère les chiffres ronds nets et précis. Il a le sens des formules. Les réunions avec Trump ne durent pas plus de 10 minutes. Il aime les désaccords francs et les positions contrastées. Son ex-chef de cabinet, Reince Priebus, explique : « Le modus operandi du président consiste à ébranler les gens, poser tous les jetons sur la table, puis, lentement mais sûrement, retirer chaque jeton un à un. »
son style de prise de décision : rapide, sur le coup, en se fiant exclusivement à son instinct et à son sens de l’improvisation. Dana White a démissionné fin décembre 2018 de son poste de porte-parole du Pentagone. Elle évoque le style décisionnel de Trump :  « Ce n’est pas vraiment chaotique, mais c’est… différent. Il a un style de gouvernance différent. Il prend des décisions très rapidement. C’est lui qui décide, par exemple sur la politique étrangère. Ensuite, c’est aux différentes administrations d’appliquer ses décisions. Pour nous qui travaillons avec lui, il a fallu s’adapter à ça. » Trump ne prépare pas. «  Il agissait comme si la préparation des dossiers risquait de gâcher ce don pour l’improvisation. Il refusait de prévoir parce qu’il y voyait un obstacle. Comme si planifier les choses lui ôterait son pouvoir, son sixième sens » en conclut Rob Porter. C’est ainsi qu’il se fait une idée des gens avec qui il va bosser en très peu de temps : « Est-ce qu’il a la tête de l’emploi ? » est son principal critère de choix. Ceci lui vaut régulièrement des déconvenues.

Trump ne lit pas et n’aime ni les professeurs, ni les intellectuels. Il n’écoute pas ses conseillers et répète à l’envi qu’il pense cela « depuis 30 ans ». Le centre mental est réprimé chez lui. Le Pr Justin Frank, psychiatre à l’université G. Washington corrobore cela dans un essai intitulé Trump sur le canapé. « Je décris un homme qui n’a jamais été contenu ni maîtrisé par ses parents. Donc il a dû lutter seul face à ses propres angoisses. À cause de ça, il a appris à diriger et à se débarrasser de son anxiété en la rejetant sur les autres, en faisant en sorte qu’on ait peur de lui. Il n’a jamais su maîtriser ses angoisses, donc il s’en décharge rapidement avec ses tweets. L’autre point, c’est qu’à cause de ça, psychologiquement, il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. »

Seul Donald peut changer une décision de Trump

En revanche, comme il s’abreuve d’actualités sur Fox News ou CNN chaque jour, il s’émeut régulièrement pour certains faits. Ainsi au sujet de l’usage de gaz neurotoxiques en Syrie, un jour, il s’exclame : « Vous vous rendez compte ? (…) Sur des enfants, des bébés ! » C’est d’ailleurs souvent cette dimension émotionnelle qui lui fait remettre en cause des décisions qui ont l’air fermes auparavant.« Il décide quelque chose et, deux jours plus tard, il change son fusil d’épaule » dixit Rex Tillerson. Entre temps, une discussion, une rencontre… ce qui est important c’est que seul Trump peut changer une décision de Trump !
Même si Mark Singer, du New Yorker, fair remarquer qu’ « en privé, l’homme semble mener une existence qui n’est pas tourmentée par le tumulte de l’âme », la présence du centre émotionnel est plus prégnante que le mental.

Cela semble indiquer une hiérarchie des centres IEM et donc un profil HUIT µ. L’intégration en CINQ (prise de recul, hauteur de vue, générosité) ne se fait pas beaucoup voir. A part par quelques proches. La désintégration en DEUX est en revanche largement relatée. Quand Trump ne va pas bien, il se laisse envahir par la tristesse de ne pas se sentir aimé. Il a tendance à tout personnaliser. Par jalousie, il se moque des gens plus malins que lui ou il déblatère sur le dos de ses conseillers les plus proches, comme en témoigne ce passage rapporté par Wolff : «Quand le président téléphone après dîner, ses propos sont souvent décousus. D’une manière paranoïaque ou sadique, il spécule sur les défauts et les faiblesses de chaque membre de son état-major. Bannon est déloyal (sans compter qu’il est fringué comme une merde), Priebus est un faible (sans oublier qu’il est petit, un nain). Kushner, un lèche-bottes. Spicer est stupide (et il a une sale gueule). Conway est une pleurnicheuse. Jared et Ivanka [sa fille] n’auraient jamais dû venir Washington. »
Bienvenue dans l’univers de Trump…

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Sources

  • Livres
    Le Feu Et La Fureur – Trump À La Maison Blanche de Michael WOLFF, publié chez Robert Laffont le 22 février 2018.
    Peur – Trump à la Maison Blanche de Bob Woodward – publié aux éditions du Seuil le 29 novembre 2018
  • Articles
    – Trump, vu par les psy : « La réalité doit se plier à l’idée qu’il s’en fait » in Actualité Monde Amérique du Nord par Catherine Gouëset, publié le 19/02/2017.
    – Frédéric Mounier dans La Croix « L’inquiétante personnalité de Donald Trump» 19/01/2017.
    – Le Monde diplomatique, en janvier 2017 par Michael Klare, Professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts). Auteur de The Race for What’s Left. The Global Scramble for the World’s Last Resources, Metropolitan Books, New York, 2012.
    – Terra femina — http://www.terrafemina.com/article/donald-trump-un-pervers-narcissique-megalo-et-dangereux-des-psychiatres-alertent_a326892/1
    – Jacques Hubert-Rodier, éditorialiste diplomatique aux Echos – 17/08/2017 – En savoir plus sur — https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030495427241-donald-trump-et-le-deni-de-realite-2108135.php#SdMg2gmVzmTeQouQ.99
    – Luc Vinogradoff, « Menteur, narcissique, sociopathe : Donald Trump vu par sa plume cachée », Le Monde, 18 juillet 2016
    – Sur France Info TV — https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/apres-deux-a-la-maison-blanche-quatre-personnalites-analysent-la-personnalite-de-donald-trump_3153013.html 20 janvier 2019.
    – Les pires dérapages de Trump par Philippe Boulet-Gercourt Telé-Obs 24 janvier 2016 — http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20160122.OBS3233/les-pires-derapages-de-donald-trump.html
  • Vidéo
    Trump, le parrain de Manhattan, émission de François Mitterrand diffusée le 08/10/2018 sur France 3 — https://rutube.ru/video/3ffa49fb15781bccd8a5891a19cf904c/