Genèse
Juliette Binoche (1964 – ) a débuté sa carrière dans le rôle d’une grande amoureuse : Juliette. Sa mère était « intello », artiste très engagée politiquement et humainement. Son père, elle le regarde comme exceptionnel. « J’ai été élevée dans différentes croyances. Dans des écoles catholiques et laïques, avec des parents qui avaient des convictions diverses, qui ont cru au communisme, au féminisme, à l’écologisme, et surtout, qui ne m’ont rien imposé. Ils m’ont laissée dans l’ouverture de mes choix. »
Ayant reçu un Oscar pour le film Un Patient Anglais, actrice reconnue internationalement, elle sait aujourd’hui tout ce qu’elle doit à sa mère : « Moi, je sais que tout ce que ma mère m’a donné, je l’ai pris comme autant de cadeaux. Adolescente, je ne me suis pas opposée. (…) Elle a été mon maître, quand j’étais adolescente. Sa curiosité, son amour de l’art et de la beauté ont toujours été des repères pour moi. »
Quand elle parle de son histoire, Juliette emploie pourtant l’expression d’enfance cabossée : « Enfant, j’étais perdue à l’école, dans le monde des notes, des “il faut/il faut pas”. En plus, je n’avais pas appris à lire en même temps que les autres à cause de séparations et de voyages pendant mon enfance. La cour de récréation était mon issue de secours, là où j’étais heureuse, où je pouvais exister, laisser libre cours à mon imagination, me créer des vies possibles. Et des amitiés. Le jeu a été pour moi une bouée de sauvetage. Quand j’ai monté Le roi se meurt d’Eugène Ionesco au lycée, à 17 ans, à la fin de la représentation, c’était clair et net, une évidence. Même si je ne savais pas encore si j’allais jouer, mettre en scène ou faire les décors, le théâtre, c’était être en famille, vivre ensemble. J’avais trouvé mon désir profond : partager à travers un art. »
Très jeune elle se souvient de son goût pour le partage et les amis : « Enfant, j’avais soif d’unité et de partage. Je me souviens qu’à l’école, j’organisais des cercles où les enfants dansaient autour de la maîtresse. »

Devise (j’aide donc je suis)
Juliette est très orientée vers les autres, le soin, la prise en charge. Quand on lui pose la question de son avenir, elle répond qu’elle pense au présent et aux besoins de ses enfants pour savoir comment les aider ! Et cela remonte à loin : « Quand j’avais 11 ans, je pensais déjà à mon fils, j’étais en dialogue avec lui, j’idéalisais, avant de m’endormir, l’éducation que je lui donnerais : jamais d’armes ni de jeux guerriers, je l’emmènerais au musée… Vingt ans plus tard, ce n’était pas tout à fait pareil !J’ai eu l’instinct maternel tôt. J’étais très poupées, mais pas des Barbie. J’avais des poupées cassées, que je récupérais auprès de mes cousines et de ma sœur. J’avais organisé un hôpital sur mon lit, j’étais leur docteure et je les réparais. Parfois, mes poupées se transformaient en clochards que je soignais, nourrissais et hébergeais ! »
« J’ai choisi à 17 ans, comme il est dit dans le livre Dialogues avec l’ange, « ma tâche ». C’était le théâtre. J’avais besoin d’une expression artistique à partager. Dans la vie, on a le choix d’être créature ou créateur. L’homme peut être créateur de lui-même, de sa vie, comme une sculpture intérieure. »
Si elle est une des actrices françaises les plus titrées c’est aussi parce qu’elle est extrêmement généreuse dans son métier : « Je me suis toujours entièrement donnée ; en tant qu’actrice, je n’ai jamais fait l’amour « pour de vrai », je ne me suis pas masturbée « pour de vrai », mais je me suis toujours entièrement donnée. C’est comme cela que je vis mon art, car je veux le place au plus haut quand c’est possible : pour moi, la création a à voir avec la naissance et la mort. Pour que le nouveau surgisse, il faut être prêt à perdre. […] C’est par une disponibilité, une humilité que la scène va prendre corps, je deviens terre pour qu’une graine puisse pousser ! » Elle a un rapport à son métier de mère qui enfante. « J’avoue que je suis émerveillée par la façon dont mes enfants m’aident à devenir mère. Ils me font grandir. Les enfants sont la meilleure école. J’ai l’impression qu’ils m’ont appris à parler. Jeune femme, j’étais assez inhibée, je ne savais pas mettre de mots sur mes émotions, face aux problèmes, lors des séparations notamment. […] Donner vraiment, c’est réussir à s’oublier totalement. Le don nous traverse, mais il ne nous appartient pas, il n’est pas nous, il ne faut pas confondre. »
Par ailleurs, Juliette reverse ses cachets publicitaires à une association d’aide aux enfants cambodgiens. Elle croit davantage à l’aide individuelle qu’à l’engagement militant.

Orientation (aide, soutien, amour)
Comme acteur, on est au service. L’acteur est un artiste et c’est un métier de partage. Voilà sa conception de son métier ! « J’aime prendre des risques. Je suis plutôt terrienne et organisatrice ; du genre à ne pas partir pour la montagne sans avoir tout bien préparer. Mais je suis une amoureuse de la vie, mue par des élans sans penser à l’après. Il faut appartenir à l’impossible. Il y a un mouvement à initier. On parlait du désir, tout à l’heure : est-ce cela ? L’enthousiasme, la passion, le feu : c’est tout cela qui donne l’énergie d’initier un mouvement. Après, seulement, on peut laisser la vie faire. »

Compulsion (solitude, ses propres besoins)
Dans l’émission Thé ou Café, Juliette raconte qu’elle a connu la solitude en pensions alors qu’elle était jeune écolière. Elle a découvert grâce à cela la joie de jouer et l’envie d’être actrice. Plus tard actrice, elle précise : « Intérieurement, ce livre m’a sauvé lavie. Sur certains tournages, j’ai crevé de solitude, ce livre m’a donné un moyen de dépasser ma souffrance, mes petits problèmes, de trouver une force plus grande et une ouverture de cœur. […] Dans ces moments de solitude, ce n’est pas le metteur en scène qui peut vous aider. Lui, il est derrière son combo, occupé. Alors je parle à mon ange : quand je ne sais pas comment agir, je lui demande de me donner le courage d’y aller, même maladroitement. Les anges sont des aides formidables. » Elle confirme qu’elle a longtemps souffert de solitude sur les plateaux.
Dans Juliette Binoche dans les yeux, film qu’a tourné sa soeur Marion Stalens en 2009, elle relate également une expérience périlleuse de sa vie d’actrice. C’était lors du tournage d’un film avec un réalisateur iranien, elle dit avoir vécu une forme de solitude absolue, elle parle de son rôle le plus difficile ! Elle a dû se faire aider par un coach — en l’occurrence Suzanne Batson — pour arriver à exprimer ce sentiment, qu’elle décrit ainsi : « Elle (le personnage du film qu’elle jouait) veut juste être reconnue ! Sa psychose repose sur ça ». C’est intéressant de voir que Juliette a justement bloqué sur ces éléments là : solitude et reconnaissance !

Mécanisme de défense (répression)
Peu d’informations trouvées sur le sujet. Si ce n’est le nécessaire apprentissage de ses émotions qu’elle a fait au cours des années.

Triade infernale (jalousie, orgueil, faux amour et flatterie)
Lors du tournage d’Antigone en anglais, Juliette dit qu’elle a rencontré la jalousie. « Je me suis sentie très seule, les autres me considéraient avec un statut à part. » Apparemment les autres lui reprochait d’avoir un point de vue et une compréhension de la pièce différents. Elle poursuit : « je peux être jalouse, oui bien sur! (…) c’est l’apprentissage et l’acceptation de ses émotions. »

Trio vertueux (humilité, liberté et sentiments réels des autres)
Elle reconnaît aussi avoir un côté rebelle, dans le fait de chercher à être vraie. Elle a cette expression magnifique « c’est l’apprentissage de l’humilité ! » On voit que Juliette goûte au côté vertueux de son profil ici. De même elle parle très souvent de liberté qui paraît fondamentale dans sa vie.

Non-verbal
De bonnes pommettes à bisous, un rire cristallin, câline et aussi un peu distante.

Hiérarchie des centres (EMI)
Juliette est vue par ses pairs comme une « intello », elle s’en défend et dit qu’elle est avant tout romantique. « J’ai besoin d’être reliée à la vie par le cœur. J’ai besoin d’aimer, mais sans dépendance. Comme je suis exigeante avec moi-même, je le suis aussi avec les autres. J’ai besoin d’aide, sinon je n’y arriverais pas. Les gens avec qui je travaille me donnent en général beaucoup plus que ce que j’attends d’eux. C’est une chance énorme, j’ai quatre personnes qui travaillent chez moi, deux assistants, une nounou et une femme de ménage. C’est une petite entreprise, mais il y a vraiment un échange, une entraide. Je ne pourrais jamais assez les remercier. »
C’est bien le centre émotionnel qui prime. Reste la question du second centre. Elle n’est pas si avenante qu’une 2α, elle paraît même à certains moment légèrement en retrait. Ceci peut expliquer que certains la place en 9. D’ailleurs, quand on lui pose la question de « qu’est-ce qu’aimer ? » elle répond « oser s’exposer ; c’est un choix. Et c’est un chemin de connaissance. (…) je me donne et je donne pour faire naître en l’autre l’amour, un amour de tout ce qui vient pour le transformer. » Elle explique aussi que ce sont juste « nos peurs qui nous empêchent d’être des créateurs. » Citons encore : « Et quand mes parents se sont séparés, je me suis réfugiée dans un monde imaginaire. Mes poupées étaient mes enfants. J’étais aussi en phase avec les éléments. Je me souviens de la cour de récré où il y avait un arbre, je m’y adossais et je sentais sa force m’accompagner. Je crois que ma conscience d’être une et indivisible est née cet après-midi-là. L’amitié avait, à cette époque aussi, vers 4 ou 5 ans, une énorme importance. C’était le foyer où le feu brûlait. » Les centre mental et émotionnel semblent prégnants dans sa vie.
Par ailleurs, les gens qui la fréquentent disent qu’elle a une autorité naturelle. « Quand on me connaît on n’est pas impressionnée ! C’est vrai que j’ai un caractère, j’ai une nature. » Serait-ce son intégration en 8 qui se manifeste ici ?
Elle déteste parler du passé et raconte que 3 mois avant de recevoir son oscar elle a été virée d’un film et qu’elle a alors connu une période de dépression : elle n’avait plus de désir et a vécu un fort sentiment d’abandon. Une manifestation de sa désintégration en 4 ?
L’hypothèse 2µ semble étayée.

Sources

– Article paru dans la revue Psychologies « Je suis du feu dans de l’eau »  propos recueillis par Hélène Mathieu, juillet 2009.

– Article paru dans la revue Psychologies Juliette Binoche : « Je me suis toujours entièrement donnée » propos recueillis par Anne Laure Gannac – janvier 2012.

– Article paru dans la revue Psychologies « Juliette Binoche : les 7 clés de ma sérénité », propos recueilli, par Laurence  Folléa en juillet 2009 

– Emission Thé ou Café du 11/05/2016 sur France 2.

– Article Juliette Binoche, les femmes de sa vie dans l’Express ; http://www.lexpress.fr/culture/cinema/elles-la-vie-d-une-autre-portrait-de-juliette-binoche-a-travers-les-femmes-de-sa-vie_1081203.html

– documentaire avec Marion Stalens : Juliette Binoche dans les yeux, 2009.